Le financement du programme nucléaire et balistique nord coréen

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Faute d’un accord de paix, le conflit entre la Corée du Sud et la Corée du Nord est suspendu depuis 65 années. Durant ces décennies, la Corée du Nord s’est dotée d’un atout, dont seules de grandes puissances mondiales pensaient avoir le secret, l’arme nucléaire.

Comment ce pays, au banc des nations, parmi les plus pauvres de la planète, a-t-il pu se doter d’un tel arsenal, ainsi que d’une telle capacité de négociation et de nuisance ?

Division 39

La division 39, aussi appelé bureau 39, est une organisation gouvernementale secrète nord-coréenne ayant pour objectif de remplir la caisse noire de Kim Jong-un, actuel dirigeant suprême de la République populaire démocratique de Corée. Le bureau 39 s’occupe de l’administration et de la gestion de toutes les activités économiques des sociétés et usines en dehors des frontières coréennes.

Néanmoins, derrière cette façade, se cache également toutes les activités illégales orchestrées par Pyongyang. Contrefaçon, blanchiment d’argent, trafic de drogue, vente illicite d’armes, tous les moyens sont bons pour remplir les caisses du dirigeant excentrique.

À lui seul, le bureau 39, rapporterait plus de moitié du produit intérieur brut du pays, selon un transfuge nord-coréen, ayant travaillé pour le bureau pendant 10 ans. Son témoignage, extrêmement rare, rapporte la réalité des rouages de la finance en Corée du Nord.

Les esclaves du régime

Des centaines de milliers de Nord-Coréens sont envoyés, chaque année, dans les pays frontaliers, en Extrême Orient, au Moyen Orient, en Afrique et jusqu’en Europe de l’Est pour travailler en tant que main d’œuvre dans d’immenses chantiers. Pour ces travailleurs, dans l’obligation d’être marié et d’avoir au moins un enfant, cela représente une chance extraordinaire. En effet, le gouvernement leur propose un salaire, parfois deux fois supérieur à la moyenne. De plus, cette main d’œuvre bon marché est une aubaine pour ces pays qui les accueillent à bras ouverts. 

Mais derrières de belles paroles se cache souvent une réalité plus sombre, nombreux sont les ouvriers ne percevant jamais leur salaire à temps, rendant impossible le transfert du fruit de leur travail à leurs familles ; ainsi 70 à 80% de leur salaire est confisqué par le régime. Ces travailleurs se sentent trahis par un parti et un régime politique à qui ils dédient leur vie.

Cette réalité de terrain est le résultat d’un gigantesque réseau d’entreprises, un montage financier clandestin mis en place dans le seul but de faire rentrer de l’argent au bureau 39. L’argent ainsi gagner ne sera jamais réinvesti dans l’économie nord-coréenne, il est à la disposition du bon vouloir de Kim Jong-un. La banque centrale, le ministère des finances ou la banque commerciale n’ont à aucun moment le droit de mettre leur nez dans les comptes de la division 39. La quasi-totalité du budget du chef d’état est ainsi destinée au programme nucléaire et balistique.

La cybercriminalité, nom de code «Hidden Cobra»

Un rapport confidentiel de l’ONU, rapporté par Reuters et CNN, affirme que, depuis 2016, les cyberattaques nord-coréennes auraient rapporté la somme colossale de deux milliards de dollars. On comptabilise 39 attaques dans 17 pays. Les trois principaux vecteurs d’attaque identifiés sont le système Swift, système interbancaire de transferts, les plateformes de change de devises et le cryptojacking, qui consiste en l’installation d’un malware forçant la machine infectée à dédier ses ressources à la création de cryptomonnaie.

“La cybercriminalité a gagné en importance par rapport aux autres sources de revenus tirés d’activités illégales qui sont, elles, en déclin”, précise Sebastian Harnisch, spécialiste de la Corée du Nord à l’université de Heidelberg. Effectivement, à partir de 2006, de lourdes sanctions commerciales ont été imposées à la Corée du Nord ce qui impacte directement son programme nucléaire. Pyongyang a donc su se montrer créatif et s’adapter à la digitalisation de l’économie mondiale.

Kim Jong-un et Xi Jinping

La totalité du trafic internet nord-coréen passe par des fournisseurs d’accès chinois, cette dépendance face à la Chine place le Kim Jong-un dans une situation de dépendance face à Xi Jinping, président de la République populaire de Chine. Les deux nations possèdent, cependant, des investissements croisés et accords de promotion et protection, notamment en mer Jaune, pour l’exploitation conjointe d’un gisement off-shore. Il semble donc peu probable que le dirigeant chinois cède aux demandes de l’ONU qui vise à couper la Corée du Nord de tout accès à internet. Cette dernière pourrait s’avérer être un allié militaire de taille.

La relation sino-coréenne est complexe et marquée par l’histoire ; si la Chine instrumentalise la Corée du Nord pour déstabiliser ses rivaux régionaux le Japon et la Corée du Sud, voire perturber l’influence américaine dans cette zone, elle doit cependant veiller à garder un rôle de protecteur bienveillant et de médiateur, et à éviter deux écueils qui serait une escalade militaire ou un incident nucléaire avec une intervention américaine voire internationale qui l’obligerait à intervenir ou se dédire, ou un effondrement brusque du régime qui pourrait déstabiliser la région, et après une transition troublée verrait une probable réunification et ainsi se créer une nouvelle Corée démocratique et puissance nucléaire à sa frontière.

En conclusion, malgré un régime dictatorial et une économie planifiée, la Corée du Nord a su trouver des canaux de financement pour se constituer un arsenal de guerre lui procurant une place de choix sur la scène géopolitique mondiale.

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