Quo Vadis Terra : que signifie réellement les dernières bonnes nouvelles écologiques survenues durant la crise du Covid 19 ?

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La récente crise sanitaire liée à la pandémie du Covid-19 cause un ralentissement économique d’une ampleur inattendue. Elle a, par ailleurs, bousculé la vie de milliards d’êtres humains, la plupart soumis au confinement. Nous sommes nombreux à devoir adapter nos habitudes et changer nos comportements afin de résorber dans un effort collectif la crise dans les meilleures conditions.  Le déclin de l’activité économique que les mesures de confinement a suscité, a fait néanmoins, une heureuse : la Terre. 

En effet, depuis quelques semaines les bonnes nouvelles au niveau écologique se multiplient.  La vie marine reprend aux abords des canaux de Venise, les émissions de CO2 sont en diminution dans la majorité des métropoles et les neiges éternelles de l’Himalaya sont à nouveau visibles à des centaines de kilomètres à la ronde. 

Mais si ces quelques raisons de se réjouir n’étaient qu’illusion ? Et si les coûts sur le long terme surpassaient les bénéfices à court terme ? Ces questions font partie des interrogations que de multiples instituts de recherche, spécialistes et membres du GIEC tentent de soulever à travers de nouvelles études. 

Face à l’engouement suscité par la presse et dans une certaine mouvance de l’opinion, ces travaux cherchent des faits, s’appuie sur des données historiques, et peuvent remettre en question et modérer les propos souvent trop optimistes. 

L’histoire nous l’a appris, les crises précèdent leur rebond, signe d’une reprise de l’activité économique. Afin de compenser les pertes occasionnées par la récession, les économies sont incitées à accélérer leurs productions industrielles impliquant, ipso facto, une recrudescence des émissions de gaz à effets de serre, réduisant à néant les faibles progrès réalisés en matière de qualité de l’air. 

On observe ainsi déjà un retour des émissions de CO2 à des niveaux similaires à 2019 à Wuhan, foyer de l’épidémie. Les experts de l’environnement s’accordent à dire qu’il est extrêmement probable qu’un scénario d’effet boomerang analogue à celui du crash financier de 2009 se profile à l’horizon. 

La crise des subprimes avait donné lieu à un ralentissement de la vie économique mondiale suivie par une baisse globale de la pollution de l’air. La reprise, en quelques mois, avait signé l’arrêt à cette baisse passagère du niveau de pollution et le monde ne mit qu’une année avant de dépasser le seuil de 2007. 

D’autre part, au vu du coût de la crise et des programmes de relance économique et du refinancement urgent dont bénéficiera le secteur des soins de santé , les investissements publics et privés actuellement dirigés vers l’énergie verte, pourraient être jugés non essentiels, et risquent d’être revus à la baisse. Certains gouvernements et politiciens réticents quant aux investissements durables, notamment aux États-Unis ou en Pologne, utilisent déjà cette pandémie comme prétexte pour mettre fin aux efforts écologiques auxquels ils avaient consenti. 

L’incertitude économique a un caractère d’urgence sociale qui affaiblira l’intérêt du public et de nombreux médias pour les problématiques climatiques pourtant capitales. Quand on se préoccupe de sauver son logement et de nourrir sa famille, il est difficile de prendre le temps de planter des graines ou d’installer une éolienne.

La BCE a mis en place des mesures de soutien à l’économie via un programme de rachat de dettes privée et publique à hauteur de 750 milliards d’euros. Ces mesures, contre-cycliques, ont été prises en urgence au vu de la situation. Les objectifs de cet instrument de planification économique sont une stabilité des marchés bancaires et la mise à disposition de moyens pour soutenir l’emploi. Ces objectifs clairement définis, il reste à savoir comment ils seront exécutés. 

Concernant la reprise économique, sur le long terme, deux possibilités sont envisageables. L’une se réaliserait à travers une relance par les énergies fossiles, option qui reste la plus probable. L’autre nécessiterait une nouvelle conception de l’économie, dite post-carbone, utilisant ces énergies fossiles comme effet de levier vers une transition énergétique, mais qui mobiliserait des investissements et une reconversion industrielle et sociale beaucoup plus lourde que ce que nous annoncent les prophètes éco militants.   

Le secteur énergétique, fortement chamboulé, a connu une chute des prix du pétrole, rendant l’énergie fossile beaucoup plus attrayante, tandis que les coûts d’installations photovoltaïques grimpent en flèche à cause du dérèglement de la chaîne de production, dont le principal acteur se trouve être la Chine. Ces annonces ne réjouissent guère, et affaiblissent le rationnel économique de la cause de l’énergie verte.

Les consommateurs et travailleurs sont très durement touchés, le chômage augmente, leur pouvoir d’achat diminue; des mesures fiscales supplémentaires en faveur du climat seraient vues comme la goutte faisant déborder le vase. Dès lors, le détournement des investissements privés et publics vers les énergies renouvelables, mêlé à un désintérêt même passager des citoyens envers la cause climatique pourraient compromettre les maigres avancées réalisées en matière écologique ces dernières années. 

En somme, cette baisse momentanée des émissions de gaz à effet de serre ne représentera qu’un bruit de fond, comparé aux cycles longs de l’économie, comme nous avons pu en connaitre par le passé. S’il ne suffisait que de quelques semaines d’efforts pour endiguer le réchauffement climatique, nous n’y accorderions pas autant notre attention. Il faudrait une baisse continue d’intensité similaire à l’heure actuelle et ce, pendant de dizaines d’années, pour réduire les chances que surviennent les pires scénarios climatiques. 

Or la crise épidémiologique actuelle, même si elle est liée à un problème écologique, qui durera par épisodes jusqu’au premier semestre 2021, peut nous ramener dix ans en arrière en termes de croissance et nécessiter plusieurs années pour en résorber les effets sur nos capacités d’investissement. La triste réalité est que cette crise risque de reculer d’une décennie les plans climatiques.

Il est de notre devoir de ne pas tomber dans la complaisance que certains médias nous poussent à avoir en omettant de parler de la face cachée de l’iceberg. Ne tombons pas non plus dans l’extrême opposé qui voit cette crise sanitaire comme une forme de répétition générale pour le changement climatique. Perpétuer et pérenniser les quelques nouvelles réjouissantes sur du long terme n’est pas impossible ou irréalisable. Cependant, cela repose sur chacun de nous, notre conscience écologique, notre réflexion politique et une adaptation de nos comportements vers une transition écologique durable et résiliente. 

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