Inversion de la courbe des taux : panique sur les marchés boursiers ?

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Après les États-Unis d’Amérique et le Japon, c’était au tour de l’Europe d’observer une inversion de sa courbe des taux en début de septembre. Cet évènement a causé une véritable panique sur les marchés financiers. Que signifie-t-elle réellement ?  Qu’est-ce que cette situation implique ? Et faut-il s’en inquiéter ? 

Yield Curve

La courbe des taux, plus communément appelée yield curve est un graphique permettant aux investisseurs de connaitre le taux de rendement d’une obligation en fonction de sa maturité. En temps normal, lorsque l’économie se porte bien, les taux long terme sont supérieurs aux taux court terme. En effet, c’est l’arbitrage rendement-risque qui entre en jeu. Plus la durée du prêt est longue, plus l’on s’attend à être payé pour le risque pris. On l’appellera courbe des taux positive dans ce scénario. 

Cependant, il est possible d’observer une phase de transition dite d’aplanissement de la courbe des taux. Elle peut être causée par un changement des taux d’intérêt court terme, décidé par les autorités monétaires, voulant éviter une inflation trop importante et lutter contre une surchauffe de l’économie. Ou par une crainte généralisée des investisseurs quant à l’avenir économique poussant ces derniers à différer leurs investissements. C’est ce qu’on appelle, en économie, une anticipation auto-réalisatrice.  

L’inversion de la courbe des taux fait partie des indicateurs principaux signalant un ralentissement économique voire une récession.

Historique des inversions 

Cela fait maintenant une trentaine d’années que l’inversion de la courbe des taux est surveillée de près par les économistes. Aux États-Unis, l’inversion n’a donné qu’un seul faux signal en 50 ans. Néanmoins, la courbe des taux de rendement reste un indicateur imparfait. Pour ne citer que deux exemples, prenons le cas du Japon et du Royaume-Uni. La courbe japonaise ne s’est pas inversée depuis 1991 malgré une situation de croissance faible entrecoupée de quelques embellies et plusieurs fortes récessions. La courbe britannique, quant à elle, est restée inversée pendant des années sans qu’elle ne soit suivie par une récession. De nombreux chercheurs se sont penchés sur la création de modèles économétriques permettant de prévoir des crises financières, mais sans grand succès jusqu’à ce jour. 

Une situation inconnue

En effet, c’est la première fois en Europe que l’on observe simultanément une inversion de la courbe des taux et des taux négatifs. Deux facteurs peuvent expliquer cela: la baisse des anticipations de croissance et d’inflation, elle-même conséquence de deux phénomènes. 

Nous pouvons citer, premièrement, les politiques monétaires expansionnistes, mises en œuvre après la crise financière de 2008 par les banques centrales, qui visent à déverser des quantités considérables de liquidités sur les marchés financiers afin de provoquer une baisse des taux d’intérêt pour relancer l’économie mondiale.

Parmi ces politiques , on retrouve l’assouplissement quantitatif ou « quantitative easing », qui est une politique monétaire non conventionnelle consistant en des rachats massifs par une banque centrale de titres de dettes, initié au début des années 2000 par le Japon. Depuis 2008, c’est près de 2600 milliards d’Euro (Statistical Data Warehouse) qui ont été racheté par la Banque centrale européenne. En fin 2018, celle-ci a décidé de mettre un terme à sa politique d’assouplissement quantitatif car le taux d’endettement privé avait atteint 118.7% du PIB dans la zone Euro (Banque de France), montrant ainsi les limites du dispositif. 

Deuxièmement, la guerre commerciale Sino-américaine qui pèse sur l’industrie manufacturière et qui pourrait s’étendre au marché des services. Selon le Fond monétaire international, les tarifs douaniers appliqués par les deux pays représenteraient 0.3% du PIB mondial. 

Le président américain, Donald Trump, ayant comme objectif de réduire son déficit commercial envers la Chine, a la ferme intention d’étendre cette guerre commerciale sur de nouveaux fronts notamment auprès de ses voisins, le Mexique et le Canada, avec lesquels il a renégocié les termes de l’ALENA, accord de libre échange nord-américain. Mais il compte aussi étendre le conflit commercial en Europe, où il menace d’augmenter ses taxes douanières dans le but de réduire les exportations européennes. Selon le président, l’Allemagne abuserait d’un euro sous-évalué pour booster ses exportations. Cette guerre est une menace et un frein pour la croissance mondiale.

Avenir incertain

Maintenant que des signes avant-coureurs d’une récession se sont manifestés, il s’agit à présent de surveiller attentivement la matérialisation des facteurs de propagation de la récession : la remontée du chômage, le resserrement des conditions de crédit bancaire, etc.

L’inversion de la courbe des taux n’implique jamais une récession dans le mois qui suit. En Europe, cela fait maintenant plusieurs années que la courbe des taux s’est aplanie, et pourtant la croissance, même faible, est restée stable. De plus, certains indicateurs ne semblent pas prédire une future récession tels que celui de la robustesse du marché du travail. En effet, on observe une hausse de création d’emploi et une baisse du taux de chômage d’après Eurostat. De plus, la confiance des consommateurs semble augmenter, d’après la hausse de l’indicateur de climat économique (Eurostat). Il faut attendre généralement 12 à 18 mois pour percevoir les effets réels de l’inversion, ce phénomène doit être perçu comme un processus continu et non comme un évènement ponctuel. 

Prédire une crise avec exactitude ne fait pas encore partie de nos capacités et nous en sommes encore bien loin. Il est bon de se rappeler qu’aucun économiste n’a correctement prédit les cinq derniers ralentissements économiques et que les marchés ont prévu cinq des neuf dernières récessions. 

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