Sustainable Investment

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« Mon ennemi, c’est la finance » s’exclamait François Hollande en pleine campagne présidentielle en 2012 sous un tonnerre d’applaudissement. Bien que l’on puisse se douter que cette tournure de phrase ait été réfléchie par d’innombrables experts en communication et qu’elle ne reflète pas le programme plus profond du candidat, cette phrase représente bien l’assimilation généralisée de toute caractéristique du système monétaire et financier au « monde de la finance ». La finance, selon sa définition, est une  « activité bancaire ou boursière » ou alors la « science de gestion des biens ». Dans le cadre de cette définition vaste et vague, n’y a-t-il pas plusieurs types de « finances » ou certaines nuances à apporter à la vision généralisée de « La Finance » comme milieu sans pitié et sans préoccupation pour les problèmes sociétaux ?

Montrer un autre visage de ce monde souvent incompris, tel était vraisemblablement le but de la conférence « Sustainable Finance » organisée par le Nexense Solvay Social Business Club conjointement avec le Solvay Finance Club, conférence sur laquelle se base cet article. Une autre question abordée lors de la conférence était: “Est-il possible de développer un projet qui combine à la fois rentabilité financière et une dimension sociale ou écoresponsable de ses investissements ?”

 D’abord, qu’est-ce qu’un investissement socialement responsable (ISR)? L’ISR est défini comme un placement qui vise à concilier performance économique et impact social ou environnemental. Concrètement, les investisseurs financent les entreprises et les entités publiques qui contribuent au développement durable quel que soit leur secteur d’activité. Au-delà des critères purement financiers, les investisseurs prennent par exemple en compte les critères environnementaux du projet (gestion des déchets, gestion de l’eau, etc.) ou encore ses critères sociaux (gestion des ressources humaines, droits de l’homme ou encore satisfaction des employés au travail). Cependant, comment détermine-t-on quantitativement l’impact social d’un placement ? Nous reviendrons sur ce sujet par la suite.

A l’heure actuelle, ces ISR prennent une part de plus en plus importante dans le portefeuille d’investissements des grandes banques. Mis à part d’éventuelles considérations philanthropiques de ces grandes banques – je laisse le lecteur déterminer l’ampleur de ces considérations sans aucun parti pris – quelles sont les motivations derrière ce soudain élan de popularité de ISR ?

Une explication possible peut être trouvée dans le fait ces ISR deviennent de plus en plus rentables et offrent de meilleures performances économiques à long terme car les « produits » socialement responsables deviennent souvent intrinsèquement plus rentable. Prenons l’exemple des énergies renouvelables qui deviennent de plus en plus rentables par rapport à d’autres ressources énergétiques. En effet, les coûts de production du solaire ou de l’éolien diminuent de plus en plus grâce à des avancées technologiques et des économies d’échelle. En revanche, le coût de gestion des déchets résultant du processus de fission nucléaire reste constant voire augmente. De plus, les sources d’énergie peu écologiques comme le charbon présentent une moins-value énorme pour la société dans son ensemble. De ce fait, de nombreux pays se rendent parfaitement compte que le développement durable, outre tous ses bienfaits sociétaux, est plus rentable à terme. Ce n’est pas pour rien que 40% des voitures en Norvège sont électriques et que la Chine mène une politique économique d’investissements publics conséquents dans le secteur des énergies renouvelables.

Une seconde explication à la popularité des ISR peut être offerte par l’impact de la réputation d’une entreprise sur son chiffre d’affaires – et donc le risque réputationnel –  qui est en augmentation. En effet, dans le processus de valorisation de différentes entreprises sur les marchés financiers, ce ne sont plus les actifs corporels (Tangible Assets – Objets physiques que l’on possède : Mobilier, terrains, machines, etc.) qui constituent le pourcentage majoritaire de la valeur de capitalisation boursière d’une entreprise mais bien les actifs incorporels (Intangible assets – Caractéristiques non physiques de l’entreprise : Réputation, contacts, marque, «Branding » etc.). La réputation d’une entreprise est donc directement liée à sa valeur et à son succès et potentiel de ventes. On comprend mieux pourquoi toute grande banque occidentale aime se profiler comme LA « banque du développement durable ».

De meilleures performances financières à long terme et une bonne réputation à la clé, voici ce qui peut expliquer la popularité croissante des ISR. Cependant, comment les identifier ? Et comment faire en sorte que les fonds de différents investisseurs arrivent jusqu’à des projets à caractère social (surtout dans les pays en voie de développement) ?

La question de l’évaluation et de la quantification de l’impact social est tout aussi cruciale que complexe et mériterait, elle seule, tout un article. Néanmoins, afin donner une idée de la complexité et de la subtilité d’une telle démarche, prenons l’exemple des voitures électriques. A priori une voiture électrique pollue moins qu’une voiture  « normale » (consommation de pétrole) ou Diesel (production et particules fines). Cependant, en plus de la question de la provenance de l’électricité, penchons-nous sur le cas des batteries, dont la production nécessite une quantité conséquente de Lithium et Cobalt et dont le taux de recyclage est de 5%. Or, 60% ce même Cobalt est extrait en Congo dans des chantiers miniers où les conditions de travail sont bien loin d’être « socialement responsables ». Alors, comment évaluer l’impact social et environnemental de voitures électriques ? Ce même Cobalt est extrait en Congo dans des chantiers miniers où les conditions de travail sont bien loin d’être « socialement responsables ». Par conséquent, comment évaluer l’impact social et environnemental réel des voitures électriques ? De nombreux chercheurs et associations proposent des modèles où différents facteurs sont quantifiés et dotés d’un « poids » permettant de tirer des conclusions sur le caractère durable et socialement responsable de différents projets. A défaut d’être parfaits (Problème d’acquisition et d’interprétation des informations, problèmes liés à la modélisation et quantification des informations, problèmes liés aux biais d’interprétations des chercheurs, etc.), ces modèles ont le mérite de donner des indications proches de la réalité quant au caractère socialement responsable de différents projets.

Toutes ces questions sont d’importance capitale pour le développement futur et durable de nos et il est inconcevable de négliger l’importance des ISR dans les années à venir. A défaut de pouvoir couvrir l’entièreté des problématiques liées aux ISR dans leur intégralité, j’espère que cet article stimulera la réflexion et la recherche personnelle de ses lecteurs. Quant au sujet traité en introduction, j’espère que cet article stimulera la prise de recul quant à la généralisation bête et méchante à laquelle est soumise la « Finance » dans son ensemble et permettra de réaliser que la « Finance » en tant que science englobant une pluralité de sujets et d’outils, permet d’arriver à des résultats très différents en fonction du but recherché, voire de combiner certains buts a priori inconciliables.

 Des investissements et placements rentables ET socialement responsables ? Bien sûr que c’est possible…

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