Article rédigé en partenariat avec le Student Entrepreneurs Club sur la conférence de Moniseur Sébastien Deletaille, cofondateur de Real Impact Analytics, donnée dans le cadre du Closing Event 2016 – 2017.

Real Impact Analytics est une startup technologique belge spécialisée dans le big data pour le secteur des télécommunications, cofondée en 2009 par Sébastien Delataille, un alumni de la Solvay Brussels School. Le parcours de cette startup est tout à fait typique de ce que l’on peut lire sur des projets startup. En effet, au tout début il s’agissait de deux cofondateurs qui proposaient un produit minimal, une feuille de modélisation Excel vendue à 20,000€ à des entreprises de télécommunication africaines. Le produit a eu un succès étonnant et a commencé à se développer dans le monde.

Il s’agit d’un exemple concret du concept « Zero to One », introduit dans son livre éponyme par le célèbre entrepreneur Peter Thiel, cofondateur de PayPal avec Elon Musk et l’un des premiers investisseurs de Facebook. Dans son livre, Peter Thiel décrit les deux phases des projets d’entreprenariat. La première phase étant de partir « de zéro à un » qui consiste à créer un produit commercialisable et extensible (scalable). La deuxième phase étant de partir « d’un à beaucoup », c’est-à-dire d’étendre son produit sur plusieurs marchés et d’agrandir ainsi son marché de base.

La véritable valeur ajoutée de cette conférence consiste en le partage de l’expérience personnelle de Sébastien en faisant le lien direct entre la théorie et les réalités de l’entreprenariat. Ainsi, on peut réellement découvrir comment le concept « Zero to One » se présente en pratique. Dans notre article, vous lirez tous les conseils que Sébastien aurait bien aimé lui-même avoir et qui l’auraient certainement aidé à mieux avancer à ses débuts d’entreprenariat…

L’optique d’un entrepreneur…

Le changement principal dans le regard que Sébastien porte sur l’entreprenariat, entre ses débuts de parcours au Solvay Entrepreneurs Club il y a 12 ans et aujourd’hui, consiste dans son changement d’optique (lenses). Il s’agit d’un terme figuratif pour désigner un certain point de vue, une perspective. L’optique peut être quelque chose de tout à fait basique comme un changement de lumière qui entraine une différente perception des couleurs, mais aussi de quelque chose de révolutionnaire qui fait que nous voyons quelque chose que d’autres ne voient pas, simplement parce qu’ils observent sous une perspective différente.

Ainsi, pour le Closing Event du Student Entrepreneurs Club, Sébastien a voulu partager avec nous ses 7 premiers enseignements majeurs sur ses changements d’optique entre 2009 et 2017. Selon lui, au plus vite on se bâtit une expérience sur ces 7 points, au plus vite on devient un entrepreneur à succès.

Premier Effet d’Optique – Faire un choix

« Es-tu réellement un entrepreneur ? ». Est-ce que tu veux devenir un entrepreneur parce que c’est « cool », ou est-ce que tu possèdes réellement assez de consistance pour le faire ? C’est le premier choix que l’on doit faire dans son parcours. Une fois qu’on a fait sa propre introspective et une évaluation personnelle de ses forces et faiblesses, un autre choix se pose à nous. « Quelle est la meilleure manière d’y arriver ? » Selon Sébastien, même si le trajet pour devenir un entrepreneur a de l’importance, la destination finale est d’une importance encore plus capitale.

Il faut réaliser que pour chaque trajet, il y a énormément de points d’arrivée étant donné qu’il existe plusieurs types d’entrepreneurs. Il y a des entrepreneurs qui ont une affinité pour des biens physiques, d’autres pour des services ou bien encore pour des projets plus conceptuels. Les possibilités sont infinies et la raison pour laquelle Sébastien expose ce premier effet d’optique, c’est parce que il a remarqué que les entrepreneurs qui rencontrent le plus de succès dans leur parcours, sont ceux qui trouvent une opportunité dans les domaines pour lesquels ils ont le plus d’affinités.

Deuxième Effet d’Optique – L’entreprenariat est comme des montagnes russes

En tant qu’entrepreneur on passe à travers toutes les émotions. Il y aura des moments où on va pleurer et ressentir du découragement et il y aura des moments où on va pousser des cris de joie et on va ressentir un élan de motivation sans bornes. Pire encore, il va arriver qu’on va passer par toute cette panoplie d’émotions au cours d’une même journée de travail. Ça se produit surtout au tout début de notre parcours. Néanmoins, avec de la perspective, on finit par réaliser qu’il s’agit d’une réalité quotidienne pour les entrepreneurs. Avec les temps et en employant les différentes lentilles afin de mettre les choses en perspective, on finit par apprendre à vivre avec ces montagnes russes et on commence à mieux gérer ses émotions.

Troisième Effet d’Optique – Que veut réellement dire le mot « concentration » ?

La grande majorité des cours à l’université vous ont probablement dit que les gens qui rencontrent le plus de succès dans la vie sont ceux qui sont les plus concentrés. Néanmoins, la concentration est devenue un mot tellement vide de sens que ce concept a fini par devenir contreproductif.

Avec de la perspective et de l’expérience, Sébastien a réalisé que lorsqu’il parlait de la concentration, il n’était en réalité lui-même pas du tout concentré. En effet, la manière avec laquelle on améliore sa propre compréhension du mot concentration va devenir un facteur clé dans votre succès en tant qu’entrepreneur.

A titre d’exemple, il a commencé son projet avec un seul produit qui s’est ensuite transformé en 4 produits distincts. Mais c’était une erreur. Aujourd’hui il ne propose plus que 2 produits, mais il pense toujours qu’il s’agit d’une erreur. La seule différence entre aujourd’hui et avant, c’est qu’il réalise qu’il s’agit d’une erreur et à l’heure actuelle il travaille dur pour arriver à un seul produit.

Qu’est-ce que cela nous apprend ? Si on dispose d’une compétence clé dans laquelle on est meilleur que les autres, il s’agit de la concentration. C’est cette compétence qui vous aidera à porter votre avantage compétitif à travers le monde. En tant qu’entrepreneur il faut se rendre à l’évidence qu’au tout début de votre parcours, vous aurez une fausse idée du concept de la concentration et de ce fait, vous devrez vous remettre sans cesse en cause afin de ne pas dévier de votre chemin.

Quatrième Effet d’Optique – Du concept à l’image

Il faut se rendre à l’évidence qu’il y a un fossé entre les concepts théoriques qu’on apprend dans les livres sur l’entreprenariat et la réalité du terrain. En vous lançant dans l’entreprenariat, vous allez sans cesse défier les concepts que vous pensez comprendre. En lisant les livres des entrepreneurs à succès, vous aurez l’impression que c’est très simple, qu’il suffit simplement de créer un MVP (Minimum Viable Product) et de réitérer cette expérience. Détrompez-vous. En réalité, c’est loin d’être aussi élémentaire que l’on pense et il vaut mieux y être préparé dès le début.

Mais qu’est-ce que le Minimum Viable Product ? Pour ceux qui ne connaissent pas encore ce concept, il s’agit de la toute première version de votre produit, possédant assez de fonctionnalités pour satisfaire les premiers clients adopteurs et qui permet de récolter les recommandations sur les fonctionnalités manquantes à intégrer par la suite. Mais qui dit viable, dit également vendable. Ainsi, un MVP doit être suffisamment abouti et rester conforme au concept dans son ensemble afin de pouvoir donner l’envie aux clients de l’utiliser sur le long terme et attendre les nouvelles intégrations. Finalement, c’est un outil qui permet de réaliser une analyse quantitative du marché, une analyse des clients et d’évaluer le potentiel de votre concept.

Cinquième Effet d’Optique – Anticipez

L’une des choses que Sébastien a appris lors de son parcours d’entrepreneur c’est l’anticipation. En effet, en demandant constamment des conseils des personnes plus expérimentées et en écoutant les parcours et les expériences d’autres entrepreneurs, il a pu changer de perspective plus rapidement, étendant ainsi sa vision et avançant beaucoup plus vite.

Un conseil très important est de comprendre la différence de prise de décision entre les entrepreneurs qui démarrent leur premier projet et les sérial-entrepreneurs. C’est un exercice très intéressant car à titre d’exemple, il y a une très grande différence dans ce que ces deux catégories d’entrepreneurs recherchent auprès des investisseurs. Les entrepreneurs qui sont à leur tout premier projet recherchent avant tout des fonds et des conseils qui leur permettront de vivre leur première expérience.

A l’opposé, les sérial-entrepreneurs recherchent avant tout à étendre leur réputation. Ainsi, ces derniers accepteront des fonds seulement des investisseurs qui ont déjà financé des projets à succès. Ceci leur permettra d’être cités comme faisant partie d’un cercle très restreint des entrepreneurs ayant des projets prometteurs et leur fera gagner en notoriété. Il ne s’agit plus tant de lancer son projet, que de se constituer un réseau solide composé des ténors du secteur de l’entreprenariat.

Sixième Effet d’Optique – Les indicateurs de performance

Lorsque Sébastien a fondé Real Impact Analytics il a commencé à se développer sur le marché africain et c’est là que le projet a pu se déployer. Il en était très fier car il s’agit d’un marché avec un énorme potentiel de croissance. Néanmoins, les investisseurs ne le voyaient pas du tout du même œil et ont accordé très peu d’importance à leur performance.

En effet, lorsqu’il a pris contact avec l’un des plus grands fonds d’investissement de la Silicon Valley et qu’ils ont pu constater que la grande majorité du chiffre d’affaire provient d’un marché émergeant, ils ont rétorqué que leur positionnement sur le marché africain n’avait absolument aucune valeur à leurs yeux. Malgré le fait que le marché africain offre énormément de perspectives de développement, il reste trop volatile et par conséquent pas assez prévisible sur le long terme. Toutefois, ils s’étaient intéressés de près à la collaboration de Real Impact avec l’entreprise multinationale Johnson & Johnson.

Cet événement a causé un grand changement de perspective pour Sébastien. En effet, cette expérience lui a permis de comprendre qu’il y a des indicateurs de performance critiques auxquels les investisseurs accordent une importance primordiale et très peu d’entrepreneurs s’en rendent comptent tant qu’ils n’auront pas vécu cette situation par eux-mêmes.

Ce qu’il faut en retenir, c’est que fonds d’investissement n’évaluent pas la manière avec laquelle vous vous présentez, votre allure, votre manière de communiquer, les compétences de votre équipe ou même votre produit, aussi bon soit-il. Tout ce qui les intéresse c’est quel retour sur investissement votre projet va leur apporter et le comparent au rendement des marchés financiers, qui représente leur coût d’opportunité. Pour ce faire, ils utilisent les indicateurs de performance. C’est pourquoi, au plus vite vous vous rendrez compte que l’entreprenariat est essentiellement basé sur les indicateurs de performance, au plus vous aurez de chances de succès.

Septième Effet d’Optique – La cage dorée

La cage dorée est un concept introduit par le professeur Olivier Witmeur lorsqu’il était lui-même étudiant à la Solvay Brussels School. En quoi consiste-t-elle ? Imaginez que vous êtes fraichement diplômé d’une université et malgré le fait que vous avez un projet en tête, vous décidez d’abord de vous bâtir une expérience professionnelle solide avant de vous lancer dans l’entreprenariat.

Ainsi, vous commencez à travailler dans une grande multinationale, vous recevez un salaire très confortable, une belle voiture de société, une promotion et finalement vous vous décidez à fonder une famille et à contracter un crédit hypothécaire afin d’acquérir une maison. Vous vous retrouvez dans la situation où vous vous devez d’agir d’une manière responsable afin de subvenir aux besoins de votre famille et pouvoir payer vos crédits.

Progressivement, sans que vous vous en rendiez compte, l’entreprise se transforme en une cage dorée qui étouffe tout désire de prendre des risques. Vous vous créez un mode de vie conformiste qui est tout simplement incompatible avec les ambitions entrepreneuriales que vous avez jadis eu étant jeune et qui iraient à l’encontre de vos priorités.

Ça ne veut bien sûr pas dire qu’on ne peut pas devenir entrepreneur à chaque étape de notre vie. Cependant, il faut bien garder en tête que la cage dorée est le plus grand ennemi des entrepreneurs potentiels. Elle asphyxie vos ambitions entrepreneuriales et vous habitue à un style de vie plus stable et certain dont il devient très dur de se détacher.

La suite…

Dans notre prochain article, écrit en partenariat avec le Student Entrepreneurs Club, vous découvrirez l’expérience d’un entrepreneur ayant lui-même vécu le concept de la cage dorée, Monsieur Thierry Geerts, le PDG de Google Benelux.

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