Les obligations d’État décryptées en 4 questions.

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Qu’est-ce qu’une obligation d’État?

Une obligation d’État est un titre de dette émis par un gouvernement auprès d’investisseurs potentiels. Tout comme pour n’importe quelle obligation, l’investisseur qui souscrit à une obligation d’État détient alors un droit de créance envers le gouvernement émetteur. Enfin, comme toute obligation, une obligation d’État se caractérise typiquement par trois caractéristiques : la valeur faciale, le taux d’intérêt et la maturité. La valeur faciale correspond au capital en jeu auquel s’applique un taux d’intérêt donné tandis que la maturité définit le laps de temps qui précède l’échéance où aura lieu le remboursement de la valeur faciale.

Relativement aux actions, les obligations possèdent un risque limité dans la mesure où elles offrent des cash-flows futurs fixes, définis à la fois par leurs montants et leurs occurrences dans le temps. Par conséquent, investir dans des obligations offre moins d’incertitude qu’investir dans d’autres titres, des actions par exemple, où les cash-flows futurs sont incertains en montant et en temps.

La plupart des obligations d’État peuvent s’échanger sur le marché secondaire, comme n’importe quel titre. Leurs prix sont alors définis par les lois de l’offre et de la demande. Par exemple, si les intervenants sur le marché investissent en masse dans des obligations d’État allemand à 10 ans, le prix respectif de ces obligations montera suite à cette hausse de la demande, et inversement.

Enfin, il existe une relation négative entre le prix d’une obligation et le taux d’intérêt. Si le prix d’une obligation monte, son taux d’intérêt diminue, et vice-versa. Cela s’explique par le fait que la valeur (à savoir le prix) d’une obligation à un instant donné se mesure en calculant  la valeur actualisée de ses cash-flows futurs. Si le prix de l’obligation est relativement élevé, le taux d’actualisation utilisé pour parvenir à ce prix sera relativement faible.

Comment une obligation d’État peut-elle offrir un taux d’intérêt « négatif » ?

Étant donné la relation négative entre le taux d’intérêt d’une obligation et son prix, il peut arriver que, suite à une augmentation conséquente de la demande, les prix augmentent de façon telle que le taux d’intérêt descende en-dessous de zéro. À l’heure actuelle (août 2016), plusieurs obligations d’État européen offrent ainsi un taux d’intérêt négatif pour des échéances allant parfois jusqu’à 10 ans. C’est le cas, par exemple, des obligations d’État belges à 2 ans qui présentaient, début août 2016, un taux d’intérêt de – 0.5% (Source : www.investing.com).

Est-ce une situation exceptionnelle ?

Théoriquement, pas vraiment. En effet, si la demande pour une certaine obligation d’État augmente dans des proportions importantes, il est attendu que le taux d’intérêt diminue, quitte à devenir négatif. Il ne s’agit là que d’une continuité. En quelque sorte, passer de 0.1% à -0.1% n’est pas censé être fondamentalement différent que de passer, par exemple, de 1.5% à 1.3%.

Cependant, comme l’ont fait remarquer de nombreux auteurs, il existe un problème d’ordre logique à l’existence de ces taux négatifs. En effet, notre société de marché repose sur la rémunération du capital prêté. Un individu qui emprunte une somme donnée est censé rémunérer son créditeur, ne serait-ce que pour le dédommager du laps de temps durant lequel celui-ci renonce à son capital, d’où la notion même d’intérêt.

Ensuite, la demande envers les obligations d’État est elle-même « anormale » étant donné qu’elle émane, de très loin, des banques centrales des pays développés, à savoir principalement la Banque Centrale Européenne (BCE), la Bank of Japan (BoJ) et la Federal Reserve. Celles-ci, via leurs divers assouplissements quantitatifs, ont, dans un passé récent, acheté en masse des obligations d’État et donc fait augmenté la demande dans des proportions jamais vues.

Enfin, l’incertitude sur les marchés, accentuée par le Brexit en juin 2016, a poussé de nombreux investisseurs vers le marché des obligations, augmentant encore la demande. Selon le site Bloomberg, le volume total de titres présentant des taux d’intérêt négatif aurait totalisé 8,73 trillions de dollars US en juin 2016. Pour donner une idée de ce que cette somme représente, il s’agit à peu près plus de 13 fois le PIB annuel belge (Source : World Bank).

Pourquoi certains investisseurs investissent-ils dans des obligations à intérêt négatif ?

On peut dès lors se demander quel est l’avantage que trouvent de nombreux investisseurs à placer leurs sous dans des obligations à intérêt négatif. La raison est pourtant assez aisée à comprendre. À l’heure actuelle, la volatilité sur les marchés a atteint des niveaux paroxystiques, en grande partie suite au Brexit. Ensuite, l’issue des prochaines élections aux États-Unis, avec une potentielle victoire de Donald Trump, nourrit encore davantage le climat d’incertitude général. Afin de limiter les risques par rapport à toute cette incertitude et d’adopter une position « wait and see » , beaucoup choisissent de placer leurs paris dans des obligations (d’État notamment), ce qui fait augmenter la demande et donc augmenter les prix.

Enfin, même si la Federal Reserve américaine a commencé le timide processus de normalisation de sa politique monétaire, il est très bien possible que d’autres banques centrales, telle que la BCE, s’engagent dans davantage d’assouplissement quantitatif (AE), ce qui ferait augmenter encore davantage le prix de certains bons d’État. Par conséquent, ceux et celles qui auraient investi dans des obligations à intérêt négatif aujourd’hui pourraient très bien les revendre à l’avenir à un prix supérieur. De façon paradoxale, investir dans des obligations à intérêt négatif peut donc se révéler très rentable.

 

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