Il n’y a plus à l’annoncer, les Britanniques ont voté et ont décidé de quitter l’Union Européenne (UE). Tels sont les résultats du référendum du 23 juin qui prirent par surprise à la fois les spectateurs du débat et les marchés. Si les décideurs du Royaume-Uni s’accordent avec la consultation populaire, ils invoqueront l’article 50 du traité de Lisbonne afin de quitter l’UE pour de bon. D’ailleurs, la confusion règne sur un grand nombre de points : quelles sont les conséquences du fameux « Brexit » pour le royaume ainsi que les retombées pour l’UE ? Comme le premier sujet a été abondamment traité, je propose que nous nous penchions sur le second. D’abord pour y voir plus clair et peut-être proposer des pistes de réflexion futures ensuite.

Quelles conséquences pour l’Europe ?

Tout d’abord, le Royaume-Uni occupe la cinquième place dans l’économie mondiale et la seconde sur l’échiquier européen, derrière l’Allemagne. En 2015, la participation de la Grande-Bretagne (GB) aux 145 milliards d’euros du budget européen, était d’environ 12,5%. Le coût du départ de la GB en tant que participant aux efforts européens pèserait sur l’UE de deux manières différentes : soit sur les pays les plus riches en augmentant leurs participations pour compenser le départ britannique soit diminuerait la part accordée aux pays les plus pauvres en réaction. Il n’est pas impossible non plus que la Commission Européenne propose de répartir le vide laissé par nos voisins d’outre-Manche en partageant la charge sur l’ensemble des pays, c’est-à-dire : que les pays les plus riches acceptent de voir leurs contributions légèrement augmenter tandis que les pays plus pauvres, eux, devront consentir à une réduction de la part du budget qui leur était alloué. Cependant, à moins que le R-U décide de vivre en isolation la plus complète, les différents échanges avec l’Union seront conservés dans une large mesure et donc les contributions au budget de l’EU aussi. Voici un graphique illustrant les contributions en 2015. Non content d’être l’un des acteurs principaux du budget, le Royaume partage énormément de son commerce de biens avec l’Union, ce qui nous amène au point suivant, les relations bilatérales entre ces deux entités.

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Par ce fameux commerce, l’Union Européenne et la Grande-Bretagne sont clairement intriquées en partageant une grosse proportion de leurs imports/exports respectifs. Sur le graphique ci-dessous, nous pouvons constater que les importations du Royaume-Uni dépassent ses exportations, en Europe, cela implique donc que l’Union Européenne exporte plus vers la Grande-Bretagne, que l’inverse. Les principaux partenaires intra-européens du R-U sont l’Allemagne et la France pour qui ces flux de biens et de marchandises sont particulièrement importants. Tandis que les modalités d’échange actuelles surpassent les traités commerciaux alternatifs qui pourraient être signés dans le futur. Ces accords causeraient probablement l’apparition de tarifs douaniers et ne se dérouleraient plus sous une réglementation partagée, ils entraveraient l’efficacité des échanges. L’appartenance à un marché commun nécessite une participation au budget européen, idée qui rebute plutôt les Britanniques et nous renvoie aux discussions précédentes. On se rend compte que dans le cas des biens, les puissances européennes ont plus à perdre que l’Ile et qu’il est donc dans leur intérêt de signer des accords cléments et non-vindicatifs avec l’un de leurs plus grands partenaires au risque de voir les négociations traîner ou que la situation ne s’envenime si les pays concernés adoptaient des positions trop dures. De plus, même si le R-U n’est pas membre de la zone euro, l’incertitude entourant l’avenir de l’UE se reflète dans le peu de confiance accordée à l’euro, par aversion au risque. Car s’il y a bien un élément que les marchés financiers ont en horreur, c’est l’incertitude. Cette tendance se reflète sur les marchés lorsqu’un évènement augmente le risque ou secoue les prévisions. En réaction à ces
incertitudes, les acteurs préféreront vendre les biens/capitaux concernés pour se débarrasser de ce doute. Cette dynamique est ce que l’on appelle l’aversion au risque. En vendant de manière plus ou moins massive, l’offre augmente rapidement sans que la demande n’ait pu s’adapter au changement ou ne désire acheter ces capitaux dont l’incertitude vient d’augmenter. Voilà pourquoi le cours de la livre sterling a chuté après l’annonce des résultats du référendum. D’ailleurs BNP Paribas estime que la mise en oeuvre du « Leave » amputerait le zone euro de 0,5% de son PIB car, vous l’avez deviné, une scission au sein de l’UE augmente aussi l’incertitude de la zone euro.
La Banque Centrale Européenne (BCE) a décidé de ne pas pousser plus loin sa politique monétaire expansionniste en réaction au Brexit. Elle préfère adopter une position patiente et observer les retombées du vote britannique pour conserver des outils monétaires en réserve. Une attitude plutôt prudente, ce qui est compréhensible étant donné qu’il n’y pas de précédent dans l’histoire de l’Union Européenne. Les négociations sont donc ouvertes pour trouver des accords permettant d’évincer le doute planant sur le Vieux Continent ; que ce soit au niveau des interactions européo-britanniques ou de la bonne santé de la zone euro. Cependant, un choix difficile s’annonce si l’article 50 du traité européen est appliqué : d’une part tenter de conclure au plus vite une entente économique avantageuse avec la GB et d’autre part ne pas apparaître comme faible et trop complaisant sur la scène internationale. Pour venir compliquer la tâche, ces accords ne sont pas les seuls devant être signés car un autre marché nécessite notre attention, c’est celui de la finance; que nous allons aborder maintenant.

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Nous nous dirigeons donc vers un secteur sur lequel le Royaume-Uni et plus exactement sa capitale règne en maître, c’est celui de la finance. La ville de Londres est la première place financière au monde. En bref, les entreprises installées dans la City peuvent à la fois bénéficier de services financiers efficaces, d’une main d’oeuvre qualifiée et de la position de plateforme internationale qu’est la capitale britannique tout en ayant accès au marché européen unique. Toute sortie de ce marché aurait des effets ambigus. Cela créerait de la compétition en incitant Londres à diminuer ses taxations, processus déjà entamé, ou alors à se résoudre à payer les autorités financières européennes pour accéder au marché unique. En réaction, l’UE pourrait essayer d’attirer les entreprises intéressées par le marché européen vers ses propres places financières, probablement néerlandaises et françaises ou encore allemandes. Il est donc difficile de prévoir si l’Union captera autant d’entreprises qu’elle le désire ou si Londres conservera sa première place maintenant menacée. Le cas échéant, un débat sur une libéralisation des places européennes deviendra probablement pressant.

… Pour la Belgique ?

En ce qui concerne la Belgique précisément, elle serait particulièrement touchée par un Brexit étant donné que le royaume d’Elisabeth II est un acteur principal des échanges avec notre plat pays. En effet, selon la Banque Nationale Belge (BNB), la demande d’outre-Manche représente plus de 2% de notre PIB. Dans ce même rapport, on peut observer que le secteur des entreprises et de l’industrie chimique belge seraient les plus touchés par un amoindrissement des contacts entre nos deux pays. En 2015, environ 10% de nos exportations et importations étaient liées au Royaume-Uni. Pour pallier les difficultés, il faudra renforcer les partenariats continentaux, voire essayer de renforcer l’image de Bruxelles en tant que place compétente et centrale au sein de l’Union.

Pour quel avenir ?

A court terme, les horizons sont plutôt sombres et, encore une fois, si le processus de sortie est amorcé, les négociations seront longues et compliquées. Toute période de changement nécessite une adaptation, très sûrement complexe mais nécessaire. Les années à venir présentent un défi pour l’Union Européenne. A plus long terme, l’avenir devient flou et tout dépendra du résultat des accords trouvés ou non, de la conjoncture économique, de la position des autres peuples et pays par rapport à ce choix.

Le ton des discours et les sujets abordés durant la compagne opposant le « Leave » et le « Remain » mettent en exergue plusieurs points importants. Le référendum a été brandi comme l’outil démocratique ultime mais l’est-il vraiment ? Une question extrêmement complexe est résumée à un choix manichéen au sujet duquel les votants sont peu informés et soumis à des campagnes dont la dialectique est celle de la peur, des migrants dans un cas et de la crise économique dans l’autre. Une autre considération centrale est celle du projet européen, ayant pour volonté l’unification des peuples lors de sa création ; les disparités économiques, les différences culturelles et politiques ont créé des tensions importantes en son sein. L’Europe doit vivre avec cette contradiction constante qui englobe et dépasse les considérations économiques, celle d’être un mélange hétéroclite de nations, régions, pays… Le Brexit a démontré une perte de confiance des peuples dans le rêve européen. Il offre maintenant une opportunité de remise en question du fonctionnement des institutions européennes et du délicat équilibre entre économie et politique.

Nous nous quittons sur ces considérations et je laisserai au lecteur la liberté de se faire un avis sur les voies que nous devrons emprunter dans le futur.

Image copyright: frankieleon (Creative commons)

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