Le terme MOOC – Massive Open Online Course – est aujourd’hui employé à toutes les sauces. Il n’est pas rare de voir des entreprises proposer des formations en ligne en interne, et les appeler fièrement MOOCs. Difficile donc de s’y retrouver parmi les différentes acceptions de cet acronyme. On peut à ce stade définir un MOOC comme une plateforme numérique rendant disponible à tous un contenu d’enseignement, mais aussi un système de test, avec une certification à la clé. Ce concept permet-il de rendre l’éducation plus démocratique au niveau mondial ? La réponse est à trouver dans les données générées par les apprenants.

Rendus populaires par une initiative de l’université américaine de Stanford en 2011, les MOOCs font appel à une technologie qui n’est pourtant pas révolutionnaire. Les formations à distance existent depuis des décennies. L’innovation réside dans le premier « O », pour « Open » : le MOOC est par définition ouvert à tous, sans barrière, avec l’ambition explicite de rendre l’enseignement gratuit et accessible à toute l’humanité. Toutefois, ces nobles intentions peinent parfois à se traduire dans les résultats, et tout l’enjeu des recherches actuelles consiste à comprendre l’utilisation de ces outils par des apprenants aux profils et motivations des plus éclectiques.

Apprendre des apprenants

Les premiers MOOCs ayant été lancés il y a plusieurs années, les chercheurs disposent aujourd’hui de suffisamment de traces, laissées par les apprenants lors de leur utilisation d’un MOOC, pour produire des analyses sur leur comportement, leurs caractéristiques, et donc leur profil. Ce profilage peut être interprété par certains comme une vile exploitation des données privées, mais il est en fait essentiel pour comprendre si l’impact social des MOOCs est réel et pertinent. De plus, la loi exige l’anonymisation des données.

Ces analyses – on parlera d’elarning analytics ou d’elearning big data – permettent par exemple, de découvrir que la majorité des apprenants sur les MOOCs sont déjà diplômés et travaillent, voire que c’est leur employeur qui leur a donné la tâche de suivre le MOOC en question. En ce sens, il ne s’agit donc pas tant d’une pure substitution au système éducatif actuel que d’un outil pour parfaire sa formation ou concrétiser une réorientation professionnelle.

Un autre exemple est l’analyse des différences régionales dans l’utilisation des MOOCs. Ainsi, on découvre pour un MOOC francophone d’économie lancé par HEC Montréal, que les apprenants haïtiens (pays francophone en développement le plus proche avec une grande diaspora dans la province du Québec) ont une activité plus faible, consistant principalement à télécharger des documents. Des comportements similaires sont observés dans d’autres régions du globe où la qualité de la connexion Internet est nettement inférieure à celle des pays développés. Ces apprenants « préfèrent » donc télécharger un document que tenter de lire une vidéo. Bien que des différences culturelles peuvent être invoquées pour expliquer ces comportements, l’infrastructure (présence de fibres optiques, etc.) semble clairement jouer un rôle. Les MOOCs sont aujourd’hui ouverts à tous, mais pas Internet.

Le MOOC comme outil de développement

D’autres exemples sont à épingler, comme l’importance de la certification délivrée par un MOOC, qui est plus valorisée dans les régions moins développées. Les questions demeurent presque toujours les mêmes : Comment rendre les MOOCs utiles au plus grand nombre ? Comment en faire un levier de développement aux niveaux micro et macro ? Comment mesurer l’impact et l’intérêt d’un MOOC ?

Il n’existe pas encore de réponse claire, mais les recherches avancent dans le domaine, et des projets de plus grande envergure se mettent en place. Au niveau belge, l’Université Libre de Bruxelles, qui continue d’étendre son éventail de MOOCs, collabore déjà avec plusieurs universités étrangères, et fait partie d’un projet international d’elearning analytics rassemblant un très grand nombre d’institutions proposant des MOOCs.

L’ULB a également démarré MOOC Afrique, un projet de recherche sur la place des MOOCs en Afrique, où la formation à distance et les universités numériques sont déjà la norme depuis longtemps. Dans ce contexte, y a-t-il un véritable besoin en MOOCs ? C’est à cette question que Nicolas Roland, chercheur en science de l’éducation à l’ULB et en charge du projet MOOC Afrique, tente de répondre. Il s’est ainsi lancé le défi de rencontrer les acteurs de l’éducation en Afrique, pour comprendre les spécificités de cet environnement, et conclure sur l’utilité des MOOCs.

Le MOOC comme outil en développement

Les MOOCs sont en constante évolution. Ils sont aujourd’hui de plus en plus utilisés par les entreprises et peuvent contribuer à améliorer l’employabilité et développer l’image de marque de sociétés ou d’institutions. Mais le défi premier reste d’adapter les MOOCs aux besoins des apprenants.

LEAVE A REPLY