Qu’est-ce que la Yield curve ?

La Yield curve ou « courbe des taux » est la relation mathématique entre le taux d’intérêt et la maturité sur des obligations de niveau de risque crédit égal, généralement des obligations d’Etat.

Par exemple, la Yield curve indiquera à un investisseur que, pour une obligation d’Etat déterminée, à une certaine maturité (par exemple 3 mois) correspond un taux d’intérêt annualisé (par exemple 0.1%). Dans cet exemple, cela signifie que, à un moment précis dans le temps, le marché rémunère une certaine obligation d’Etat arrivant à maturité dans 3 mois à un taux annualisé de 0.1%. La Yield curve évolue constamment et les taux sont réajustés en permanence dans le temps, ce qui fait que l’on peut obtenir des Yield curve à différentes dates.

La plupart du temps, la Yield curve est croissante en raison de ce que l’on appelle « la préférence pour la liquidité ». Plus quelqu’un investit pour une durée longue, plus il/elle désire être rémunéré(e) en échange.

La profitabilité des banques commerciales sous l’œil de la Yield curve

Originellement, les banques commerciales reçoivent, d’une part, des dépôts de la part de leurs épargnants et, d’autre part, prêtent des fonds à des entrepreneurs, des familles ou encore des entreprises.

Les dépôts sont, dans la plupart des cas, des placements de court terme dans la mesure où les épargnants désirent généralement avoir accès à des liquidités dans l’immédiat, afin de faire face à une éventualité imprévue, ou dans le très court terme (de l’ordre de l’année). Les prêts que les banques accordent à leurs clients sont, en revanche, généralement des prêts de long terme. Les entreprises, familles ou entreprises empruntent généralement pour un horizon temporel de l’ordre de plusieurs années voire dizaines d’années.

Cette différence de maturité entre les dépôts et les prêts d’une banque est l’une des sources de profitabilité de celle-ci. En effet, c’est précisément à cause de la « préférence pour la liquidité » et donc du caractère croissant de la Yield curve, que les banques peuvent prêter à des taux relativement élevés pour rémunérer des dépôts à des taux relativement faibles.

Le spread entre courtes et longues maturités de la Yield curve révèle finalement la profitabilité générale des banques. Plus le taux lié à une longue maturité est élevé (et plus le taux lié à une courte maturité est faible), plus l’activité d’une banque commerciale classique sera profitable.

Quand la Yield curve s’affaisse…

graph2

Concentrons-nous à présent sur l’évolution de la Yield curve des obligations d’Etat de la zone euro (AAA) entre mars 2012 et mars 2016. À partir du graphique proposé en illustration de cet article, plusieurs observations peuvent être faites :

1) La Yield curve s’est affaissée entre 2012 et 2016. En d’autres termes, tous les taux, à court comme à long termes, ont baissé depuis 2012 (en fait depuis 2011 pour être tout à fait précis).

2) Les taux à long terme ont baissé davantage que les taux à court terme. Alors que le spread entre taux à 3 mois et taux à 30 ans était de 3.04% le 1er mars 2012, il n’était plus que de 1.65% le 1er mars 2016.

3) Les taux d’intérêt à court terme et moyen terme (jusqu’à 8 ans) sont désormais négatifs, ce qui signifie que le marché ne rémunère plus ces obligations d’Etat de la zone euro (AAA) jusqu’à des maturités proches de la décennie. Au contraire, le marché « taxe » l’achat de ces obligations d’Etat au lieu de le rémunérer.

Cette évolution/détérioration de la Yield Curve s’explique, en majeure partie, par les politiques monétaires expansionnistes et assouplissantes de la BCE, la Banque centrale européenne.

… les Banques souffrent.

Ces constatations concernant la Yield curve révèlent la cause profonde de la baisse de profitabilité des banques de la zone euro. Cette baisse de profitabilité a ensuite généré, avec un temps de retard, l’inquiétude des investisseurs qui s’est traduite par une baisse quasi généralisée du cours des actions des banques de la zone euro depuis mi-2015.

En effet, la réduction du spread entre taux à court terme et taux à long terme a « pressé » la profitabilité des banques de telle sorte qu’il est nettement moins rentable, aujourd’hui, de rémunérer des dépôts et de fournir des prêts que par le passé.

Ensuite, il est très difficile, ou légalement impossible, pour une banque commerciale de proposer des taux d’intérêt négatifs sur les dépôts qu’elle accorde à ses clients, ce qui réduit encore davantage la profitabilité de son activité. Pour donner une idée, en prenant en compte cette interdiction, le spread entre taux de dépôt à court terme (3 mois) et prêts à long terme (30 ans) serait environ de 1.14% à l’heure actuelle (Mars 2016) contre plus de 3% en mars 2012.

En un mot, l’aplatissement de la Yield curve conjuguée à un passage dans le négatif des taux à court terme ont mis les banques de la zone euro sous pression en réduisant leurs marges de profit. Bien entendu, la BCE a un rôle principal à jouer dans cette évolution.

Résumé :

– La Yield curve ou « courbe des taux » est la relation mathématique entre le taux d’intérêt et la maturité sur des obligations de niveau de risque crédit égal, généralement des obligations d’Etat.

– La plupart du temps, la Yield curve est croissante en raison de « la préférence pour la liquidité ». Plus on investit pour une durée longue, plus on désire être rémunéré en échange.

– En raison de la « préférence pour la liquidité » et du caractère croissant de la Yield curve, les banques peuvent prêter à des taux relativement élevés pour rémunérer des dépôts à des taux relativement faibles, d’où leur source de profit.

– Depuis 2011-2012, la Yield curve pour les Obligations d’Etat de la zone euro cotées AAA s’est aplatie. De plus, les taux pour les obligations à courte et moyenne maturités sont passés dans le rouge, en négatif.

– La réduction du spread entre taux à court terme et taux à long terme a « pressé » la profitabilité des banques de telle sorte qu’il est nettement moins rentable, aujourd’hui, de rémunérer des dépôts et de fournir des prêts que par le passé.

– Enfin, il est très difficile, ou légalement impossible, pour une banque commerciale de proposer des taux d’intérêt négatifs sur les dépôts qu’elle accorde à ses clients, ce qui réduit encore davantage la profitabilité de son activité.

Image credit: Mike Maney: bit.ly/1UJoPya

LEAVE A REPLY