Made in Belgium (Partie 3)

Entretien avec Alexis Eggermont, CEO de Eager Analytics

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Sorti de Solvay en 2006 après son bachelier en Ingénieur de gestion, Alexis Eggermont entame un master en Management à la London School of Economics. C’est le début d’une série de voyages qui lui apporteront une expérience internationale précieuse. Il travaillera successivement à Londres comme consultant, en RDC, au Sud Soudan et en Sierra Leone pour MSF, avant de revenir à Bruxelles pour aider ses amis alumni Solvay à créer Real Impact Analytics, une entreprise d’analyse de données dans les télécommunications. Il part ensuite à Harvard où il rencontrera un important industriel chinois, qui sera le premier client de la startup qu’il décide de lancer, Eager Analytics, spécialisée dans l’internet des objets (IoT) et basée à Pékin. Profil aux aventures et compétences éclectiques, Alexis Eggermont nous fait part de son expérience et des spécificités du milieu des affaires chinois.

Comme beaucoup, tu as commencé comme consultant. C’est selon toi un passage obligé pour démarrer sa carrière ?

EAGERJ’ai choisi le conseil pour l’expérience comme un peu tout le monde. C’est une bonne école, mais pas un environnement que tout le monde trouvera agréable. C’est entre autres pour cela que j’ai voulu quitter assez vite. Quand la crise financière est arrivée, j’ai décidé de changer de secteur.

Tout dépend d’où tu te vois dans cinq ans. Ce n’est pas toujours le plus agréable. Si tu sais déjà que tu veux travailler pour Google, postule directement chez eux. Ce n’est jamais mauvais d’aller en conseil, car ça ouvre des portes et c’est bien si on ne sait pas quoi faire.

D’où tes débuts chez MSF. Ça doit être un tout autre environnement.

Portrait 1Oui, en effet. A l’époque je postulais pour des projets plus concrets. J’ai choisi MSF, mais juste pour l’expérience. Il y a deux types de personnes à MSF: ceux qui y consacrent leur vie, et les gens comme moi qui veulent acquérir de l’expérience pour une courte période, car c’est très exigeant. On peut vous annoncer que pour les six prochains mois vous serez en Afghanistan sans possibilité de voir vos proches. Ça ne convient pas à tout le monde.

Pour ce qui est du contenu, c’est assez semblable aux missions de conseil que je connaissais, mais avec des enjeux uniques. Par exemple, quand j’ai commencé chez MSF, j’étais Finance Manager au Sud Soudan. J’étais face aux mêmes questions de stratégie qu’ailleurs, mais par exemple pour payer le personnel je devais répondre à des questions uniques telles que “Comment transporter les fonds jusqu’à un hôpital au milieu de nulle part en sachant qu’on se fait attaquer sans cesse sur les routes pour l’argent qu’on transporte ?”.

Puis on m’a envoyé en Sierra Leone. Je faisais du conseil sur la stratégie à mettre en place, des études de coût, etc. C’est proche du conseil qu’on retrouve dans les boîtes de consultance, car tu arrives dans un cadre que tu ne connais pas. Tu dois trouver les bonnes personnes sur le terrain, poser les bonnes questions, et aboutir à une solution.

Et c’est à ce moment que tu es contacté pour Real Impact Analytics.

Oui, Sébastien Deletaille m’appelle à ce moment pour rejoindre l’équipe d’une startup à Bruxelles. Je reviens donc en Belgique et deviens partenaire chez Real Impact. C’était ma première expérience dans l’entrepreneuriat. J’ai accepté parce que je trouvais la startup géniale et j’y voyais un gros potentiel. Mais après quelques temps j’ai préféré partir aux USA pour aller à Harvard grâce à la bourse Fulbright.

Après cet épisode, j’avais le choix entre Real Impact, encore du conseil, ou lancer mon propre projet entrepreneurial.

Et comment s’est fait ce choix ?

Client 1 (SANY)Sur une rencontre. A Harvard j’ai rencontré un gros industriel chinois. Il m’a proposé de développer une méthode d’analyse de données, une solution pour l’internet des objets. J’ai accepté à la condition de pouvoir en faire une entreprise et non en tant qu’employé.

C’était intéressant car sans risque: j’avais déjà un client. Ça m’a permis d’avancer sans mettre d’argent. C’est encore très jeune, ça a été créé en 2014 et on n’est que trois pour l’instant.

Comment se passe le développement de ce business à Pékin ?

Ce que j’avais sous-estimé, c’est la difficulté de travailler dans un environnement chinois. Il est très dur de trouver quelqu’un de bon, qui parle anglais et qui travaille de la même manière que vous.

Quelle est ta stratégie actuelle alors ?

Ma stratégie maintenant est de constituer une équipe pour développer une solution géniale, et avoir des partenaires chinois pour trouver des clients.

Je compte me baser à Hong Kong, qui serait plus proche de mon client actuel et avec une bonne ouverture sur le marché chinois, ou à Londres pour y développer une nouvelle base de clients. Par exemple, Real Impact travaille pour des clients qui sont partout sauf en Belgique, mais ce n’est pas un obstacle. Les équipes se rendent chez les clients pour discuter avec eux, un peu comme dans les boîtes de consultance. C’est un business model que je compte suivre pour mon affaire.

Les précédents interviewés ont recommandé aux étudiants de ne pas hésiter à se lancer dans l’entrepreneuriat à la fin de leurs études, voire pendant celles-ci. Toi tu as d’abord acquis de l’expérience.

A moins d’un goût du risque prononcé et d’une super idée, mieux vaut d’abord voir à quoi ressemble une entreprise. C’est impératif pour le B2B. Il faut comprendre de l’intérieur comment fonctionne une grande entreprise pour lui vendre son produit ou service. En revanche, pour un produit comme Facebook, on peut foncer.

Pour ce qui est de l’expérience, je voudrais faire savoir qu’il n’y a pas que les “big 4”. Il y a plein d’opportunités pour se faire de l’expérience et le plus important est de faire ce qui nous intéresse, et pas juste ce qui est perçu comme socialement supérieur. Une expérience internationale est extrêmement intéressante de manière générale.

Un autre conseil aux étudiants ?

Profitez bien des années universitaires ! Elles vous manqueront après, vous aurez beaucoup moins de temps libre.

Gardez aussi toujours du recul avec ce que vous faites : vous pouvez faire deux ans de conseil pour l’expérience, mais ne restez pas si ça vous ennuie !

Si tu avais le choix, tu préférerais un stage dans une startup ou dans une grande entreprise ?

J’aurais préféré un stage dans une startup géniale comme Real Impact. Mais l’avantage c’est sa marque. Une autre petite startup n’a pas le même cachet sur le cv, mais c’est quand même plus intéressant en termes de contenu.

Notre dossier de ce numéro porte sur l’analyse de données. Quelle est ton utilisation des statistiques vs computer science dans tes affaires?

Je suis de ceux qui utilisent énormément les stats dans mon boulot ! Quand tu fais du big data il faut savoir ce que tu fais et utiliser tes connaissances pour vérifier ton modèle. Je dois savoir si mon modèle marche par chance ou si j’ai trouvé un vraie structure dans les données. Donc les concepts de p-value, cross-validation, etc, je les utilise tous les jours. Si on veut développer toute une solution, un informaticien aura sans doute plus de facilités à faire des stats que l’inverse. L’informaticien peut faire un modèle sans connaître le détail mathématique derrière. Il peut travailler directement avec des packages.

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