L’économie circulaire, un retour aux sources

By Alexandre Mahfoudh and Tram Bach Graulich

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De façon paradoxale, l’économie circulaire fait figure, aujourd’hui encore, de paradigme marginal et relativement novateur par rapport au modèle d’économie linéaire classique. Cependant, cette vision, qui insiste sur le maintien et le renouvellement des ressources naturelles au sein de l’économie, n’a rien de novateur puisqu’elle ne fait qu’édicter un système qui est celui-là même de la biosphère dans laquelle l’être humain a vécu depuis des centaines de milliers d’années. De plus, l’économie circulaire, loin de représenter des contraintes, offre de réelles opportunités de business aux regards attentifs.

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Illustration 2

Imposer un système linéaire à un monde circulaire

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Illustration 2

La circularité fait partie inhérente du fonctionnement de la nature. Depuis le cycle de l’eau jusqu’au cycle du carbone, tout élément, émis ou produit dans la nature, est réutilisé ou recyclé sans que le moindre déchet ne soit généré au final. L’eau qui s’évapore des océans finit par se condenser dans l’atmosphère, former des nuages et se déverser en précipitations qui abreuvent la surface terrestre tandis que le dioxide de carbone émis par la respiration animale est assimilé par les végétaux par photosynthèse, ces végétaux servant ensuite notamment de nutriment aux animaux herbivores, perpétuant ainsi le cycle. L’homme, en revanche, depuis des centaines d’années, a voulu imposer un modèle linéaire à un monde intrinsèquement circulaire. Toute activité humaine, telle qu’elle a été exercée majoritairement jusqu’à ce jour, se résume en effet à l’extraction de matières premières suivie de la production, la distribution et la consommation du produit jusqu’à son état final de déchet (voir Illustration 1 ci-dessous). L’étape de « recyclage », certes existante, se résume encore trop souvent à du « décyclage », comme l’ont remarqué très justement les auteurs Mc Donough et Braungart. Le décyclage désigne le processus selon lequel un produit en fin de vie est converti en nouveau produit ou matériel de qualité inférieure à son état d’origine. Typiquement, le recyclage du plastique est un exemple de décyclage. Ce paradigme, anti-naturel, a été rendu possible grâce à l’illusion selon laquelle les ressources naturelles étaient inépuisables et que ce problème pouvait être repoussé ad vitam eternam aux futures générations. Aujourd’hui, force est de constater que nous sommes cette nouvelle génération.

Le mot « économie » au centre de l’économie circulaire

À ce modèle d’économie linéaire décrit ci-dessus, s’oppose celui d’une économie circulaire qui insiste sur la limitation stricte de la production de tous déchets,  la réutilisation et la réparation du produit au cours de son cycle de vie ainsi que le recyclage (et non le décyclage) du produit en fin de vie (voir Illustration 2 ci-dessous). Loin de représenter une contrainte, adopter un modèle d’économie circulaire dans le cadre d’un business, en profitant notamment des réseaux sociaux et des technologies des télécommunications actuelles, peut se révéler extrêmement profitable, pour l’entreprise, l’homme et la biosphère. Le terme « économie » est donc capital au sein du terme d’économie circulaire en ce sens que celle-ci exalte justement les activités humaines de production, distribution et de consommation de richesses, au lieu de les freiner. L’entreprise belge Tale Me, lancée en 2014, en est, à ce titre, l’exemple parfait.

Un cas d’étude : Tale Me, une start-up d’économie circulaire

Tale Me est une entreprise belge spécialisée dans la location de vêtements pour enfants en bas âge (0 à 4 ans). L’idée est à la fois simple et extrêmement efficace : comme on le sait, un enfant grandit extrêmement vite, surtout durant les premières années de sa vie. En guise de résultat, les vêtements d’enfant ont une durée d’utilisation très courte, parfois inférieure à trois mois. Au-delà du coût pour les parents, ce schéma de cycle de vie est également infiniment coûteux pour l’environnement en termes d’épuisement de ressources naturelles. Tale Me réunit, en soi, tous les principes d’économie circulaire. Au lieu d’être acheté, consommé et jeté, le vêtement est sans cesse réutilisé par des dizaines de bambins via le système de location de l’entreprise. Celle-ci se porte également responsable pour la réparation des vêtements éventuellement endommagés, un peu comme dans un système de leasing, et lorsque le vêtement est définitivement trop usé pour être porté, celui-ci est exporté aux Pays-Bas pour être malaxé, mélangé et retissé. Enfin, l’entreprise propose des vêtements de catégorie clairement luxueuse qui pourraient ne pas être accessibles au prix plein pour certains parents peu aisés. Aujourd’hui, l’entreprise belge, qui dépasse petit à petit le statut de start-up, a le vent en poupe et livre dans des pays comme le Royaume-Uni, l’Allemagne, l’Italie ou l’Espagne.

Le cas de Tale Me nous permet de mettre en évidence certains détails cruciaux d’un modèle d’économie circulaire réussi à l’échelle d’un business individuel. Tout d’abord, le produit et son design en tant que tels sont primordiaux. En effet, il importe que le vêtement soit à l’origine constitué de matériaux de qualité pour permettre sa réutilisation, sa réparation et son recyclage, sous peine de quoi l’entreprise serait difficilement profitable. Nous avons également vu précédemment que certains produits (tels que le plastique) ne se prêtaient pas au recyclage mais uniquement à du « décyclage ». Ensuite, il importe que l’offre du produit soit couplée à un service de réparation et de maintenance irréprochable. Cet aspect est, en effet, crucial vu que les parents qui louent les vêtements de Tale Me louent davantage un service qu’un produit. Enfin, il est important que l’entreprise développe un véritable marché pour son produit ou service en créant une communauté, principalement sur le web. Le concept d’économie circulaire peut se rapprocher, en effet, aisément de ceux d’économie du partage et d’économie des services dans le cas de Tale Me, ce qui signifie que la communication est sans nul doute un aspect plus crucial que jamais.

Tale Me n’est pas le seul exemple d’entreprise d’économie circulaire réussie en Belgique. D’autres entreprises de location de voiture (Wibee), de vente d’objets de seconde main (2ememain.be) ou encore d’agro-alimentaire (le Champignon de Bruxelles, lancée par Hadrien Velge et Sevan Holemans, deux anciens de Solvay) fleurissent et prospèrent avec parfois beaucoup de réussite. L’économie circulaire n’est donc pas uniquement un concept « écolo » mais un business modèle d’avenir pour de nombreux entrepreneurs.

Photo credit: Christian Haugen

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